De ma petite enfance pas grand chose à retenir; une famille parisienne et bourgeoise, un divorce peu déchirant pour moi qui n’ai jamais vécu entre mon père et ma mère; des remariages, des frères que je connais à peine, des vacances au bord de la mer au milieu des domestiques et de vieilles joueuses de cartes. Un acquit tout de même : le goût puis la passion du jeu, de tous les jeux.Vient mon premier échec, cuisant : recalée à l’examen d’entrée en sixième. Ouf, c’est la guerre!Sauvée!…Si on peut dire…
Une adolescence juive, cahotée et cahotante: un exode de cinq années; je parcours la France libre, Marseille, Briançon, le Lot. Je vais où on me dit d’aller, au lycée, en pension, au couvent, et même chez mes parents… Un de mes frères meurt, mon père est arrêté puis relaché par les alle-mands.
Enfin, c’est la fin de la guerre, le calme revient, j’entre aux Beaux-Arts de Marseille pourquelques mois. De retour à Paris, je suis les cours de l’École Paul Colin où je travaille peu mais où je fais la connaissance de mon mari.Un mari, deux filles, quelques difficultés matérielles. Je n’ai pas encore trouvé totalement mon chemin.
Je suis étalagiste, puis jour-naliste… Je dessine, je peins, je fais des collages…C’est d’abord l’Espagne que je découvre à 10 ans, en pleine guerre mondiale et au lendemain d’une guerre civile effroyable où les cadavres s’empilent dans les charniers et où les vivants ont à peine de quoi vivre.
Une Espagne sanglante où se mélangent intimement la mort, les << toros >>, les passions religieuses et politiques, le soleil trop pesant et l’amour de la vie. Un pays fabuleux, généreux et torride dont lecôté <<Kitch >> est probablement le départ de ma vocation.
C’est ensuite un voyage à Venise. Ville morte, noyée qui ne surnage que par son aspect baroque et où je découvre, cachées au plus profond du Musée Peggy Guggenheim, les <<boîtes >> de Joseph Cornell.C’est enfin à mon ami Lucien Clergue que je dois d’avoir persévéré dans ma <<mise en boîtes >>; c’est encore grâce à son amitié, que durant six mois, j’ai trouvé le courage de présenter mes montages de galerie en galerie jusqu’au jour merveilleux où Nadine et Jean-Jacques Lévêque m’ont offert ma première exposition au «Soleil dans la tête >>.
Merci…
M. J. Hoffenbach.

